Se laisser porter par la mère
- Mpier R. Lamoureux

- il y a 1 jour
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Aujourd’hui je vais vous raconter l’histoire d’un couple d’exception. Un couple dont l’amour m’a beaucoup touché. Depuis bien avant le début de cet accompagnement à la naissance, j’ai pu être témoin de leur lien puissant et particulier. Un lien qui soutient, qui accepte, qui supporte le quotidien. Un lien qui permet de traverser les défis de la vie, d’adresser les vagues tumultueuses de certaines tempêtes. S’aimer si fort n’est pas un compte de fée ni magique. Ce n’est pas réservé qu’à un certain groupe de personnes. Je vous parle ici d’un amour que l’on entretient, où l’on ose nommer, exprimer, travailler, s’investir même lorsque c’est inconfortable, parfois dans des espaces difficilement navigables. Leur amour en est un que l’on choisit, que l’on nourrit, que l’on ose défier loin des égos menacés.

C’est donc en octobre 2025 que cette aventure avec moi commence. Déjà empreint de nouveauté et d’incertitudes, la première rencontre nous invite à nous connecter à cette petite vie qui s’implante dans l’utérus de sa mère. Des saignements apparaissent en tout début de parcours, nous rappelant une fois de plus que rien n’est garanti dans la vie, qu’elle peut toujours choisir de prendre un autre chemin. Les personnes ayant expérimenté de longues périodes de préconception et/ou des interruptions de grossesse en début de gestation le savent bien. La vie est puissante et bien que nous pensions encore avoir le contrôler par moment, elle sait bien nous rappeler que c’est elle qui tire les ficelles. Ceci étant que ce matin précis, la vie nous impose de ralentir, d’écouter, de ressentir. Je propose une visualisation au couple pour se connecter à l’énergie de leur enfant. Papa participe, déjà le gardien de leur expérience, les bras autour de sa douce, l’enveloppant d’un amour rassurant et protecteur. Ils s’abandonnent tous les deux à la visualisation, ils se connectent à leurs ressentis, ils acceptent de plonger dans l’expérience. La connexion se renforcit entre eux, le lien se crée avec cette troisième vie avec qui ils partageront leur nouvelle existence. Au retour de la visualisation, maman est ancrée et habitée d’une certitude… son bébé va bien. Plus aucun saignement ne se présentera du parcours de la grossesse.
Nous parcourons les rencontres prénatales, papa toujours présent et impliqué dans l’accompagnement. Ils livreront leurs réflexions, leurs apprentissages, leurs périodes de questionnements autant que leurs doutes et l’aménagement qu’ils devront faire pour accueillir ce petit être avec eux quelques semaines plus tard. Nous explorerons les notions de la préparation du postnatal et de la naissance, adressons des deuils de présences symboliques et significatives dans leur vie. Notamment le deuil d’une mère qui a dû traverser un épisode de maladie qui l’emmènera vers l’ailleurs, n’ayant pas eu l’occasion de pouvoir naître comme grand-mère avant son Envol. Un tissage qui se faufilera tout le long de nos rencontres, rappelant l’importance d’être soutenue et portée pendant cette phase de transformation qu’est la maternité. Les personnes qui auront parcouru ce chemin se souviennent de ces moments où l’on aurait aimé ce regard maternel posé sur nous, nous rassurant que nous faisons les bonnes choses, nous partageant ce qui avait fonctionné pour elles, nous aidant dans la préparation de ce grand jour. Cette présence, néanmoins dans l’invisible, a su se manifester par quelques synchronicités, apportant par moment réassurance et apaisement. Durant tout son parcours, ma cliente aura saisi les occasions de se réapproprier son pouvoir plus souvent qu’autrement, même lorsque son corps aura besoin d’ajustement et d’être soutenue différemment avec l’apparition d’un diagnostic de diabète gestationnel. Et suffisamment à son écoute, elle saura écouter la sagesse de l’archétype de la mère qui fera son apparition peu à peu, lui insufflant les prochains pas à poser.
Les dernières semaines se vivent avec une maman rassurée, connectée à ses sensations et gorgée d’hormones la transportant dans ses ressentis, ses visions et son intuition. Elle naviguera les derniers instants en nourrissant sa créativité et son amour du vivant à tous les instants.
C'est donc le jeudi de la 38e semaine de grossesse en soirée que nous échangeons quelques messages ensemble. Maman me partage ses nouvelles sensations au niveau de son col, des pertes rosées, des douleurs au bas du ventre et au dos. Des contractions régulières se présenteront, lui permettant de vaquer à ses occupations, et par moment l’obligeant à de petits arrêts pour respirer. Elle me tiendra au courant de l’évolution de ses sensations le moment venu. Je décide d’aller me coucher, pensant bien que le téléphone retentira dans quelques heures.
C'est le lendemain matin à 6 : 02 que je me réveille, faisant la première chose que je fais toujours lorsque je suis de garde pour des enfantements: regarder mon téléphone pour voir si j’ai des messages ou des appels manqués (ce que je redoute le plus). Un message envoyé à 3h34 du matin sur ma messagerie (qui ne produit pas de notifications sonores), m’informant que Maman avait rompu ses membranes, apportant avec elles des contractions à fréquence irrégulières au 6-9 minutes. Je l’appelle dès la lecture de ce message. Elle me parle du déroulement des dernières heures et de ses ressentis. Elle me raconte qu’en voulant informer son amoureux qu’elle venait de rompre ses membranes, elle découvrit Papa toujours éveillé à 2 heures du matin, sous l’emprise de sa nidification intense tentant de faire du ménage pour être fin prêt pour l’arrivée de bébé. Elle partage son inquiétude concernant l’état de fatigue de papa, des prochaines étapes à suivre. Je prends le temps de la rassurer. Je lui rappelle mon mantra de toutes les naissances que j’accompagne : « Nous sommes au bon endroit avec les bonnes personnes qui font les bonnes choses ». Un mantra qui m’aura aidé plus d’une fois. Mes clients tenteront d’aller se recoucher pour prendre des forces avant que le déroulement de la naissance ne les guide vers le lieu d’accouchement.
Je profite de leur temps de pause pour me préparer, et m’assurer que chaque membre de ma famille a tout ce dont il a besoin pour le bon déroulement de sa journée. J’avais aussi prévu aller à l’hôpital ce matin-là, pour déposer des documents pour mon propre bilan de santé, parce que moi aussi je dois prendre soin de moi de temps en temps. Je décide de faire d’une pierre deux coups et de me rendre en attendant l’Appel. Étant donné que l’hôpital de cette ville se trouve à quelques rues de la Maison des naissances, c’est jouable selon moi. Sauf que ça me prend plus de temps que prévu, on me demande de prendre un numéro et de m’installer dans la salle d’attente. Ma fréquence cardiaque s’accélère, me demandant combien de temps cela pouvait-il prendre. Je reste en contact constant avec mon client qui m’informe de l’arrivée à la maison d’une Sage-Femme d’expérience et rassurante qui viendra voir l’évolution du travail.
Les contractions s’intensifient.
Papa tâche de rappeler à sa douce de respirer profondément, de se détendre entre les contractions et de profiter de ses pauses. Je lis leur message dans la salle d’attente, dans une pièce où d’autres humains sont préoccupés par autre chose. Je suis toujours impressionné de prendre conscience que la vie continue d’œuvrer même lorsque des vortex de naissance s’ouvrent. Des moments hors du temps, si chargés et importants pour les personnes qui les vivent pendant que plusieurs autres n’ont conscience de rien d’autre que leur propre existence.
C’est donc quelques minutes plus tard que l’on m’informera du départ de mes clients vers la Maison des Naissances. Qui coïncidera tout juste avec mon propre départ de l’hôpital pour aller les rejoindre, ayant eu le temps d’y faire ce que je devais.

J’arrive juste après eux, les accompagnant dans l'installation à leur chambre. Nous installons un autel avec des objets symboliques pour le couple ainsi qu’une banderole confectionnée expressément pour ce jour. Je retrouve les sages-femmes avec qui je travaillerai aujourd’hui, ayant tissé de bons liens avec elles déjà à de multiples reprises antérieurement, ces humaines dont j’apprécie la présence. Ma cliente, danse, chante, expérimente les positions, le mouvement, l’écoute des sensations dans son corps qui l’envahissent de plus en plus. Lors des contractions elles s’envolent avec elle, les laissant faire leur travail, les accompagnant de souffle et de vocalises. Et toujours prêt pour l’accueillir et la rassurer, l’épaule de son partenaire est là, lui permettant de profiter de ses pauses, de se recentrer et se reconnecter avec sa capacité à donner la vie, et à naître elle-même en tant que mère. Papa est présent, solide, disponible, attentionné et investi malgré l’absence de sommeil. Il l’accompagne dans ses pas, lui offre le soutien qu’elle a besoin dans des moments plus intenses. Il est là et incarne un Gardien parfait de l’espace.

Je leur laisse le plus d’intimité possible, tentant de pallier aux besoins émergents dans un délai des plus courts. Ma cliente se dirige vers la salle de bain, s’installe sur la toilette où elle vivra plusieurs contractions, et certaines particulièrement chargées en émotion. De la distance où je suis, j’écoute, je ressens, j’accueille les messages de cet espace multidimensionnel, qui lie le monde matériel et celui de l’invisible. Et soudainement, je ressens un grand élan d’amour m’envelopper, je ressens une présence maternelle. Je me dirige vers la salle de bain, je me penche vers maman et lui souffle entre deux contractions : « tu sais, tu n’es pas seule, ta mère est bien ici et dis que tu es forte, que tu peux le faire ». Ma cliente sera traversée de sanglots permettant à ses doutes et ses peurs de s’exprimer et de laisser la place à un processus plus grand qu’elle, un processus de deuil qui se traversera, soutenu par son être aimé se tenant devant elle, solide et accueillant. Au moment où elle se sentira plus ouverte que jamais Entre les mondes, une conversation intérieure s’offrira entre elle et sa mère, l’encourageant à garder courage et à avoir foi en elle. Elle aura finalement été présente.
Comment aurait-il pu en être autrement?
Viendra ensuite le choix de s’installer dans le bain, où s’effectuera la dernière partie du sommet de l’ascension de la naissance, portée par les bons soins discrets de chaque personne présente dans la pièce. Maman laisse monter en elle les visions, accepte de se connecter à cette force invisible si puissante qu’est l’énergie de l’enfantement. Dans le bain, en pleine fragmentation, portée par l’hormone de la Diméthyltryptamine (communément appelé DMT) sécrétée naturellement, des visions d’hippocampes dansaient autour d’elle pendant ses contractions. Papa, encouragé de la sage-femme, sera invité à se brancher sur l’amour qu’il a en lui pour faire l’Appel au bébé en déposer sa main sur le périnée de sa partenaire, appelant de toute sa lumière, son bébé à continuer son chemin vers la vie extra-utérine. La poussée réflexe fera son entrée et au dernier moment, Maman décidera de sortir du bain pour effectuer la poussée finale de son bébé sur le lit se trouvant tout près de la baignoire. C’est tout juste qu’elle aura le temps d’enjamber le bain et de s’installer sur le lit que la tête fera son arrivée et naîtra dans un souffle. Bébé naîtra complètement quelques instants plus tard, reçu par ses deux parents qui l’attendaient déjà depuis longtemps. C’est ému et submergé par des émotions puissantes que ces parents naîtront aussi, se regardant, l’amour et l’émerveillement plein les yeux. La naissance d’un placenta en forme de cœur suivra peu de temps ensuite, qui viendra placer dans l’espace un moment de découverte et de rencontre pour la nouvelle famille. Sages-femmes et moi-même leur laissons s’approprier cette transition, restant tout près si des besoins venaient à émerger.

Cette naissance aura été infusée par la traversée de plusieurs vortex puissants, nous amenant à nous laisser porter par la mère. La mère qui sait et manifeste toujours sa présence, même dans l’invisible. Cela aura été un immense privilège de les accompagner dans leur parcours, témoignant une alliance forte et touchante entre ces deux humains si attachants.
Fait cocasse : Ce matin-là, nous avions ma cliente et moi un rendez-vous de planifié à l’horaire ensemble pour expérimenter une visualisation.
Apparemment, nous avions raison, c’était un jour de rencontre, pas pour visualiser, mais bien pour chanter la naissance.




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